TPE : qui dirige ?
6 février 2017 Alexandre Meyer

TPE : qui dirige ?

Publié dans Actualité, Entreprenariat
qui dirige ?

Photo, The Turbine US tour via the Bridge

Fin janvier, nous avons été avec un ami faire une intervention dans une classe de 3eme à Chatenay-Malabry dans le cadre des semaines d’orientation.

Comme souvent, les questions et les remarques sont intéressantes; et l’une d’entre elles m’est revenue deux semaines après :

Je veux être chef d’entreprise pour être libre et faire ce que je veux !

Bon, c’est parfait ! Mais, bien qu’étant « chef d’entreprise », mon expérience ne correspond pas vraiment à ça ! J’ai plutôt souvent l’impression de ne pas être complètement maître de ce que je fais, ni de ce que mes collaborateurs font… et je peux avoir l’impression que l’entreprise m’échappe ! C’est parfois difficile à accepter. Alors un détour par la musique m’aide un peu :

Qui dirige ?

Dans une TPE , l’attachement du dirigeant fondateur à l’entreprise est en général très fort et il peut avoir tendance à la voir comme sa « chose ».

Or, à mesure que l’entreprise croît et que de nouveaux collaborateurs arrivent, il faut bien partager le pouvoir et la maîtrise sur cette « chose » (on verra pourquoi); et cela ne se fait pas toujours naturellement, ni facilement !

Lors de discussions  avec des musiciens dans le cadre de l’association The Bridge , nous nous sommes demandé en quoi l’expérience du fonctionnement d’un groupe de Jazz pouvait-être utile à la pratique du fonctionnement d’une entreprise . Voici quelques pistes :

Qui dirige ?

The Turbine, US tour via The Bridge

Créer à plusieurs

Un groupe de jazz est le plus souvent composé d’un nombre restreint de joueurs (3, 4 dans la majorité des cas) et l’on pourrait se demander : qui les dirige ?

La réalité dépend sans doute des personnalités de chacun des musiciens mais ce qui est intéressant c’est que le jazz est un des domaines où cette question se pose peu !

Les joueurs coopèrent, introduisent des inflexions, parfois des ruptures, font parfois des erreurs mais ce qui compte c’est ce qui en sort au global. La grande satisfaction pour un groupe est d’avoir produit quelque chose qui fonctionne, pas de savoir qui l’a produit ou à qui cela appartient.

Dans un petit orchestre  les rôles tournent aussi et ceci n’est possible que lorsque chacun a bien conscience de ce que font les autres et du rendu d’ensemble.

Il y a bien sûr des discussion sur un certain nombre d’éléments (tempo, choix du morceau dans le cadre de musique non totalement improvisée, structure du morceau…) avant de jouer. Mais l’intérêt d’avoir au sein du groupe tel ou tel joueur  ne repose pas uniquement sur sa capacité à bien interpréter une partition, mais surtout dans sa capacité à la bousculer et à introduire des mouvements qui feront bouger la dynamique d’ensemble.

Pour une très petite entreprise qui fonctionne souvent avec un personnel réduit, l’analogie nous semble opérante, sur le plan relationnel et organisationnel au moins !

Garder de l’espace pour chacun

Car on joue aussi du jazz pour s’exprimer individuellement !

Et l’on fait ceci dans un véhicule qui n’est pas totalement maîtrisé, avec une marge d’erreur, d’improvisation et d’adaptation importante.

L’initiateur ou le leader du groupe impulse quelque chose mais il est loin (heureusement !) de tout contrôler. Chacun des joueurs est aussi là pour s’exprimer individuellement et faire que le rendu final soit aussi sa « chose ».

La confiance réciproque entre musiciens est alors un préalable majeur à la mise en route d’un groupe. Elle repose sur un accord tacite autour d’un projet musical, d’une orientation, mais ce n’est pas suffisant :

Il est implicitement admis que chacun est là aussi pour s’exprimer (sinon il ne ferait pas de Jazz !) et qu’il a aussi le droit (voire l’obligation) à l’essai, à l’erreur !

Au final ce seront ces espaces d’expression et ces marges individuelles de liberté et la façon dont ils seront exploités par les autres qui différencieront la production .

Concilier expressions individuelles et son d’ensemble

Quelles sont le motivations à monter une entreprise ou à venir travailler dans une TPE ?

Elles sont bien-sûr diverses et variées !

La recherche d’un espace d’expression ou d’expérimentation personnelle arrive cependant en bonne place dans le palmarès des motivations.

La TPE ou la start-up sont encore , nous le croyons, des endroits propices à l’expression individuelle, à l’expérimentation, au test et à l’aventure collective.

Une bonne partie de ceux qui y travaillent veulent être plus libres, pouvoir expérimenter et s’exprimer via ce véhicule ; employés comme dirigeants ! et l’exigence d’un rendu d’ensemble intéressant est également bien présente.

Notre expérience d’incubateur et d’entrepreneurs nous a confirmé que ces aspirations étaient bien réelles et fortes.

Le détour par le Jazz permet, il nous semble, d’explorer des voies qui concilient ces aspirations et les rendent plus fécondes.

 

 

 

 

 

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